C'est en cela que résident les bénéfices d'une telle discipline.
Considérant que la vie est aussi peu permanente que la rosée du soir ou la gelée blanche du matin et que la vie du guerrier est encore plus incertaine, s'il pense pouvoir se consoler en servant éternellement les intérêts de son seigneur et en se dévouant corps et âme à sa famille, l'homme risque de connaître désillusion et désespoir s'il se voit contraint malgrès lui à négliger ses devoirs envers son seigneur et à oublier ce qu'il doit à sa famille.
C'est pourquoi un homme, dont l'esprit négligeant préfère faire abstraction de la mort, risque fort de se montrer imprudent. Manquant de discrétion, il peut se révéler querelleur, argumenter jusqu'a offenser les autres, engager des contreverses sur des questions qui se seraient réglées d'elles-mêmes si elles avaient été ignorées.
Jour et nuit, sans jamais faiblir, l'homme doit pourvoir à ses affaires, qu'elles soient publiques ou privées, mais chaque fois qu'il dispose d'un moment où son coeur est au repos, il doit profiter du calme retrouvé pour réfléchir à la question de la mort.
La tradition ne rapporte-elle pas que Kusunoki Masashige avait pour habitude de conjurer son fils Masatsura de toujours regarder la mort en face ?
DAIDÔJI Yûzan (1639-1730)



